Rimbaud l'africain

[![](http://res.cloudinary.com/dapgr66xa/image/upload/v1453648804/v_8_ill_1334456_5b5e_7630501_vic3hj.jpg "Rimbaud")](http://squirrelartblog.fr/2010/04/16/rimbaud-lafricain/v_8_ill_1334456_5b5e_763050/)Gros plan de Rimbaud
Deux libraires parisiens, chinant dans une brocante, achète une vieille photo jaunie. Ils en sont sûrs le jeune homme à la fine moustache, le deuxième en partant de la droite, c’est le poète Rimbaud, parti explorer la corne africaine et la mer rouge, après sa fulgurante mais combien trop brève carrière de poète maudit et compagnon de Verlaine. Après deux ans de recherches et la consultation des meilleurs experts en la matière, la conclusion est certaine, il s’agit bien de “l’homme aux semelles de vent”. Bien qu’impossible à dater très précisément, le cliché est d’importance. Il permet de découvrir le visage de Rimbaud adulte, étant plus par le portrait qu’en fit Carjat en 1871, alors qu’il avait 17 ans. La période africaine de Rimbaud est souvent mal connue. Après s’être enrolé très brièvement dans l’armée coloniale néerlandaise, fait le voyage pour l’île de Java, il déserte. Commence alors une longue errance qui le conduira à partir de 1880 à s’établir en Abyssinie. Pendant près de dix ans, il développe une activité commerciale entre le Yemen (Aden, Moka), Djibouti, le royaume d’Ethiopie, grâce à l’essor du café, mais aussi en vendant de l’ivoire, de l’or, des produits manufacturés, et des armes lors des conflits locaux. La photo le présente dans un hôtel à Aden, entouré de relations francophones dont Jules Suel en costume à carreaux qui finança une de ses expéditions en 1886, entre Tadjoura (Djibouti) et le royaume de Menelik (Ethiopie). Depuis jeudi soir, la photographie est présentée au Salon du livre ancien qui se tient au Grand Palais, par les deux libraires Alban Caussé et Jacques Desse, parmi un ensemble d’autres photographies anciennes d’Aden, dont une représentant le cercueil de l’explorateur David Livingstone sur un bateau. Il se murmure que le portrait a déjà était acquis, par un mystérieux acheteur français, pour un prix de peut-être plus de 100 000 euros. Le musée Rimbaud de Charlesville Mézières a bien essayé de rivaliser, en faisant appel au ministre de la culture, mais peine perdue. Je ne saurais trop vous recommander de courir admirer une dernière fois la photographie avant la fermeture du salon dimanche, et sa disparition des yeux publics pour une collection privée….
![](http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/d/d1/Carjat_Arthur_Rimbaud_1872_n2.jpg "Rimbaud en 1871, à 17ans par Carjat")Rimbaud en 1871, à 17ans par Carjat