Design cellulaire au Laboratoire

Comment transporter un liquide de manière plus naturelle et écologique? Fruit d’une collaboration de plusieurs mois entre le professeur Don E. Ingber, le designer François Azambourg et plusieurs élèves de l’ENSCI, la Xe expérience du Laboratoire nous offre un début de réponse.

S’interrogeant sur le transport de l’eau, selon le modèle de la cellule biologique, François Azambourg et le scientifique américain Don E. Ingber, nous dévoilent l’avancement de leurs recherches. Ils ont tenté de définir un nouveau modèle de contenant palliant aux problèmes de recyclage et de pollution des bouteilles plastiques, mais aussi à ceux liés à l’accès à l’eau dans certaines zones de la planète. Leurs recherches menées au Laboratoire relèvent donc d’un double objectif : humanitaire et écologique. Leur réflexion  s’est axée sur une recherche technologique et scientifique inspirée par le modèle de la cellule biologique, et une matérialisation du résultat en un objet issu des innovations apportées par le design.

La scénographie de l’exposition, entièrement conçue par le designer, nous plonge d’emblée dans l’intimité du travail scientifique, au cœur même de l’expérimentation. Une arborescence murale expose le calendrier des recherches, les différentes voies suivies, celles abandonnées, et les résultats obtenus. Sur un long présentoir, nous découvrons des échantillons de matières ― conséquences des nombreux essais et tâtonnements ― mais aussi des sources d’inspiration comme une calebasse, ou un sachet d’eau en plastique distribué par les associations humanitaires au Burkina Faso. Une étrange machine en verre illustre les techniques de transformations employées pour obtenir les résultats de l’expérience…Finalement ce n’est pas tant le résultat de l’expérience qui nous ait donné à voir ici mais plutôt le cheminement du processus.

Partant de l’idée de la cellule biologique, base commune à tous les êtres vivants, François Azambourg et Don E. Ingber ont testé diverses matières : le calcaire en s’inspirant de la coquille d’œuf (idée abandonnée depuis), la cire d’abeille ou l’alginate. C’est cette dernière, composante des algues laminaires, qui va permettre l’élaboration d’un gel d’un genre nouveau, capable de servir de véritable contenant ! Entièrement naturel, biodégradable et comestible, il sera utilisé comme une membrane protégeant l’eau à consommer et à transporter.

Fragile, ce contenant est protégé par une capsule de polymère biodégradable au contact de l’eau, notamment utilisé pour les sutures médicales. Ainsi le polymère protège la membrane d’alginate de l’extérieur, et l’alginate protège le polymère du contact de l’eau. Le résultat est une fiole s’ouvrant en deux parties, en forme de goutte d’eau ou de poire, renfermant la membrane contenant l’eau. On peut choisir de croquer l’alginate et d’ingérer en même temps le liquide ou de seulement percer la membrane pour n’en boire que le contenu.

Quatre contenants de dimensions différentes sont proposés, allant de la taille d’une figue à celle d’un litre d’eau. Le processus industriel est enclenché. La solution scientifique étant viable, il s’agit maintenant de l’adapter à la demande et aux besoins des populations concernées. Mais aussi pourquoi pas à une commercialisation plus globale, pas seulement orientée vers l’humanitaire? La réflexion suit son cours…

Pourtant certaines questions restent en suspend. La forme de contenant obtenue pour le moment ne permet pas un transport à grande échelle. En effet il faudrait envisager un emballage supplémentaire autour de la capsule pour un conditionnement en grand nombre. De plus, le polymère de la capsule est biodégrable au contact de l’eau, or c’est précisément cette ressource qui manque dans le cadre d’une utilisation humanitaire. Se pose alors de nouveau le problème de l’élimination des déchets. La nature de l’alginate protégeant l’eau ne permet pas non plus une réutilisation. Dans le cas d’un contenant volumineux, comment le refermer et conserver le liquide jusqu’à la prochaine utilisation? C’est là que le rôle du designer doit réellement prendre tout son sens, en améliorant la fonctionnalité du produit, le choix des matériaux ou le volume du contenant selon l’utilisation envisagée.