Doubble, Laurent Massaloux

Pour sa deuxième exposition personnelle à la Tools Galerie, Doubble, Laurent Massaloux nous propose une distorsion visuelle, un jeu de regard autour d’objets de notre quotidien.

Partant d’une typologie de quatre objets courants, le miroir, le siège, le rangement mural et le luminaire, le designer Laurent Massaloux revisite les poncifs et les détourne pour les mettre en mouvement. En effet, par un savant jeu de glissement et de déformation le long de l’axe de symétrie des meubles, on croirait les voir bouger, ou prêts à se scinder en deux. Chaque pièce est nommée avec humour, nous annonçant ainsi l’effet recherché par le designer.

La chauffeuse Drone, en résine laquée, ne se décide pas à choisir. Est elle colorée en un dégradé de deux ou quatre gris différents ? La couleur se joue des reflets de la lumière, glissant sur l’axe central du dossier et de l’assise, pour nous induire en erreur.

Quant aux luminaires, Leaves D une suspension et Leaves U un lampadaire, ils sont composés d’une multitude d’éléments, tous issus d’un même module de base, un quadrilatère d’aluminium,  dont la forme varie en fonction du pliage. Ces “feuilles”, comme dotées de vie, se regroupent et s’assemblent entre elles sous nos yeux.

Le miroir InsideOut, reprend lui aussi le module quadrilatère de la chauffeuse et des luminaires. Ce miroir semble replié sur lui-même, un de ses angles rabattu sur la surface du miroir, un autre disparaissant dessous. En réalité, la surface reste entièrement plane, le pliage a eu lieu “à chaud” lors de la réalisation du miroir. Seul l’effet d’optique des plis faussement incisés nous donne l’impression d’un relief.

Laurent Massaloux se joue de nos sens, nous provocant visuellement. Chaque objet semble en mouvement, proche de se dédoubler, de se séparer de lui-même, de se disloquer. Et pourtant rien ne bouge… Les points de vue se multiplient, le trompe-l’œil opère parfaitement. Comme le dit très bien Laurence Salmon, “le résultat tient de la diplopie”, ce phénomène visuel traduisant une vision double…

Les trois modules du rangement mural WhiteShadow sont chacun composés de deux boîtes de sycomore laqué blanc de différentes tailles fixées sur un quadrilatère en aluminium. Chacune des boîtes semblent s’éloigner l’une de l’autre, regardant dans sa propre direction, ignorant l’autre. De la laque fluorescente orange judicieusement placée derrière chaque bloc dégage un halo lumineux, pareil à une auréole colorée.

Le miroir Wiper, évoque un pare-brise de véhicule battu par la pluie, et balayé par un essuie-glace. La technique très classique des “filets de Versailles”, stries parallèles partant de la gauche vers le centre, découpe notre reflet mais aussi duplique les objets nous entourant en arrière plan. Le décor gravé joue ici sur la diffraction de la lumière.

Déjà en 2006 pour sa précédente exposition chez Tools Galerie,* Booling, le designer nous proposait des démultiplications et réplications modélisées en 3D de vanités-bibelots, ou encore la table basse *Ribbedred, dont les nervures bicolores nous suivent du regard.

Laurent Massaloux est, ne l’oublions pas, membre fondateur du groupe Radi-designer! Les projets et objets du collectif s’inspirent de situations du quotidien, mais en les éloignant des stéréotypes, se jouant des évidences, pour leur donner plusieurs sens de lecture. Pour illustrer toujours ces jeux de perceptions visuelles, se rappeler l’exemple du soliflore *Vase-Vase *réalisé en 1998, cylindre de verre soufflé, qui trompe l’œil du spectateur, par le biais d’un film optique, dupliquant la fleur…

Amateur de logiciels de modélisation, Laurent Massaloux s’en amuse pour* Doubb*le, expérimentant les volumes, les axes de symétrie, nous plongeant dans de nouvelles dimensions du quotidien, hors de nos perceptions habituelles.

Exposition du 08 octobre au 27 novembre 2010
Tools Galerie, 119 rue vieille du Temple, 75003