Mise en oeuvre, Sèvres - Cité de la céramique

Exposition inaugurale de la nouvelle cité de la céramique réunissant le musée et la manufacture de Sèvres, Mise en œuvre nous propose un dialogue original entre objets design et pièces de céramique classiques et contemporaines orchestré par le duo de designers les Sismo.

Cette exposition interroge les savoir-faire traditionnels relatifs au travail de la céramique et les confronte aux créations du design. Partant d’une typologie de verbes illustrant une technique particulière, mouler, tourner modeler, assembler, émailler, découper, peindre ou dorer, les objets sont présentés sous vitrine de plexiglas et bois clair. Détail d’importance, un large marchepied en bois est prévu pour permettre aux plus petits de profiter pleinement des objets exposés.

La technique ancestrale du moulage est très utile pour la production en série que ce soit pour la céramique ou le design. Les objets réunis évoquent les différentes formes et possibilités allant de la terrine à tête de sanglier à la vaisselle pour enfant (« moi je suis grand », les Sismo, 2005), en passant par le Vase à 2 Sèvres de Stéphane Bureaux, vision en coupe du moule d’un côté et du vase de l’autre. Tourner est l’action d’étirer la terre pour lui donner la hauteur requise pour la constitution de la pièce. Certains l’ont bien compris, les Radi Designers tourne la résine epoxy jusqu’à l’obtention d’un tabouret Ray, tandis que Mathieu Lehanneur, aidé de Claude Aiello, tourne la faïence selon le modèle des pyramides des âges !

Modeler renvoie à l’image d’une pâte molle façonnée à la main, que l’on retrouve autant pour les terres cuites antiques que dans les Trois Modelages de Peter Briggs, ou la Workshop Chair de Jerszy Seymour dont les éléments de bois sont retenus ensemble pour de la résine pâteuse. L’assemblage est utilisé pour rapporter des éléments comme les anses, ou créer des formes rectangulaires à angles vifs. On découvre l’Interactive Triptyque d’Arman, vase en porcelaine de Sèvres à large panse assez classique mais découpé en trois tranches retenues entre elles par des charnières et disposées comme un paravent…Ou encore on peut comparer le Vase Bud des Sismo en verre thermoformé et collé dans un angle reste ouvert comme une brique de lait, avec une bouteille rectangulaire en porcelaine japonaise Arita datant du XVIIIème siècle.

L’émaillage ou la glaçure sont une autre étape importante permettant la mise en place et des jeux de revêtement vitreux indispensable à la dureté et au lustre de la pièce comme pour les carreaux de faïence présents dans les couloirs du métro ou le revêtement des cocottes Coquelle de Le Creuset en fonte émaillée par Raymond Loewy.

Enfin deux autres verbes peuvent être nécessaires en céramique comme en design : découper et peindre. Le découpage en céramique se fait toujours avant la cuisson, sur une argile à demi-sèche, permettant ainsi la création de décor réticulé très apprécié au XIXème siècle. Matali Crasset pour sa Corbeille réutilise cette même idée créant un décor dentelé en bouleau. Qu’il soit à plat ou en relief, le décor peint est lui aussi apposé avant la cuisson en céramique. On le retrouve tout autant sur les assiettes à décor en trompe-l’œil très prisées au XVIIIème siècle, que dans les travaux de la designer Hella Jongerious avec ses Animals Bowls.

Dans une deuxième salle, nous découvrons des pièces issues des collections contemporaines du musée comme celles d’Erik Dietman ou Jacqueline Lerat pour ne citer qu’eux, et d’autres exemples relatifs au découpage et au modelage. Une vidéo nous présente le Vase play/pause développé par Robert Stadler. Partant du simple profil d’un pot de fleur standard, un logiciel de conception assistée par ordinateur le fait tourner de manière aléatoire sous d’autres angles pour créer de nouvelles formes réalisées ensuite par tournage. Une troisième salle présente un ensemble de céramiques  japonaises et coréennes contemporaines, dont plusieurs grands céramistes élevés au rang de trésors nationaux vivants dans leur pays, comme le fut Shogi Hamada par exemple.

La visite de l’exposition se poursuit à l’étage du musée. Ici quelques objets sont dispersés au sein des collections de faïence et de porcelaine, toujours selon le vocabulaire défini au départ. On les cherche un peu au détour des vitrines. Sous le titre « graver », des briquets ST Dupont en métal argenté au décor gravé et guilloché sont mis en parallèle avec des pièces en grès. Pour « assembler », on découvre reposant sur un secrétaire des Muses en porcelaine dure et marqueterie de bois un assemblage de cartes, House of cards, par Charles et Ray Eames. « Mouler » nous présente une vaisselle « gamme profil » des Sismo, dont la couture du moule est accentuée « pour transformer le défaut en opportunité », c’est-à-dire en le perçant d’un trou pour créer l’anse, le tout est mis en regard avec un déjeuner dit de François Ier de 1837. On peut aussi y voir une cuillère au décor estampé par Marcel Wanders, un vase peint de Front Design réinterprétant  le décor peint blanc/bleu de Delft déformé par un vent simulé par ordinateur, les moulins à poivre Peugeot en inox par les Sismo au décor tressé comme les faïences à décor de vannerie d’Aprey…, ou encore une évocation de la dorure, technique exclusivement réservée à la manufacture royale jusqu’à la révolution, par la présence du disque dur Golden Disk d’Ora Ito , des haltères POAA de Starck ou du flacon de parfum Nina Ricci par Garouste et Bonetti.

Nous l’avons bien compris la céramique classique ou contemporaine partage un certain nombre de techniques transposables au monde du design, la production en pièce unique de grande qualité ou en série est inhérente aux deux domaines et même certains designers se prêtent au jeu de la création en céramique. Pourtant, si l’idée d’un dialogue entre design et céramique est intéressant de prime abord, on reste ici un peu sur sa faim… On ne sait pas très bien si cette similarité des techniques relève de la tradition, d’une recherche d’inspiration transdisciplinaire ou d’une pure coïncidence. Rien n’explique à part une comparaison technique, somme toute banale, le choix des pièces exposées… Un plus grand dialogue avec le visiteur aurait été judicieux pour une meilleure compréhension.

Mise en Oeuvre, le quotidien et l’exceptionnel sous l’oeil du Design
Cité de la céramique – Sèvres
du 1 avril au 16 septembre 2011

*article également publié sur Paris-art.com