Cummulus, Ciro Najle au Laboratoire

Le Laboratoire poursuit ses explorations scientifiques autour du thème de l’eau, en invitant l’architecte designer argentin Ciro Najle à développer un étrange objet, Cummulus, du design aux expériences atmosphériques, en passant par les nuages…

Les prémices de Cummulus remontent à 2007 quand Ciro Najle a entrepris une tentative de captation de l’eau atmosphérique pour en retirer de l’eau propre à la consommation. Au large des côtes chiliennes et du désert d’Atacama, il a fait installer de larges filets, retenant une partie de l’eau des entrées maritimes et de la brume, puis récupérée dans des réservoirs en vue d’un usage domestique. Pour son exposition au Laboratoire, il nous propose une vision en 3 dimensions de ses expériences atmosphériques.

Dès notre entrée dans la salle d’exposition, nous sommes confrontés à un drôle d’objet envahissant une grande part de l’espace, immense cocon, ou toile d’araignée suspendue, nous intriguant. Il s’agit de près de 300kgs de cachemire synthétique beige, étalé sur près de 16 mètres de long. En y regardant de plus près, nous comprenons que tout n’est que nœuds.

Cummulus relève d’un long travail de conceptualisation et de modélisation. Inspiré par la forme parabolique visible dans la nature (comme les découpes d’une feuille de chou), Ciro Najle a repéré un module fractal de base reproduit à l’infini. Par une modélisation informatique, il a opéré une subdivision itérative de la surface de ce module, pour obtenir une prolifération. Le résultat obtenu est un accroissement de la forme du module, là où il y a eu prolifération. L’objet visible pour l’exposition, Cummulus, n’est que la traduction artistique et matérialisée de ce raisonnement scientifique.

En réalité, ceux sont les nœuds observés qui sont la matérialisation de ce module fractal de base. Cummulus, est composé de rectangles de textile assemblés entre eux, et basés sur un certain nombre de nœud. Mais certains de ces rectangles ont subi des transformations, des protubérances apparaissent. C’est la prolifération des nœuds qui peuvent être jusqu’à 6000, sur un seul rectangle de base. Ainsi, Cummulus n’a absolument rien de régulier, il y a des morceaux qui pendent, des amas de nœuds plus ou moins importants. Et l’œuvre vit, continue sa transformation. En effet, elle semble comme attirer vers le sol, le poids de l’ensemble tire sur les nœuds qui la retienne à sa structure en filet, les protubérances s’allongent discrètement à mesure que le temps passe.

L’œuvre a été réalisée à Buenos Aires avec l’aide d’une trentaine de petites mains au crochet. L’idée de Ciro Najle était de chercher à imiter les nuages, porteurs d’eau, selon une vision toute métaphorique de leur forme. Malgré une rigueur mathématique le résultat obtenu d’un point formel est assez inattendu par rapport aux espérances du départ, et donne une dimension esthétique intéressante à la pièce.

En parallèle de l’exposition, des projets d’étudiants, work in progress dans le cadre de Art Science Labs, sont présentés comme le dispositif de filtration d’eau manuel, Fuso, qui permet de purifier l’eau contenue par de simples pressions sur le corps de la gourde grâce à des filtres. L’objectif est de permettre une purification rapide et efficace de l’eau dans toutes les situations sans autre matériel que le Fuso. Idéalement, après utilisation on pourrait même le laisser dans la nature puisqu’il est biodégradable. Mais comme pour le design cellulaire présenté l’année passée par François Azambourg, il reste le problème de la dégradation du matériel dans des pays où justement l’eau manque. Comment alors faire disparaitre les restes de ces objets sur un sol sec ? De même, les filtres du Fuso seront-ils suffisamment efficaces par pallier aux maladies et bactéries que l’on rencontre dans l’eau des pays du Sud où les populations seraient susceptibles de l’utiliser ? Encore de nombreuses questions en suspend mais le Laboratoire a le mérite de les soulever, d’une manière élégante en associant scientifiques et designers.